Roue des émotions : Plutchik, Willcox et liste des émotions

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Cercle de land art en six parts sur le sol de la forêt : feuilles rouges, duvet blanc et fleurs bleues, feuillage vert, tournesols, baies et coquillages, roses séchées, galets gris au centre

Hier soir, j’ai claqué un placard sans savoir si j’étais fâchée ou juste épuisée.

C’est pile pour ce genre de moment qu’existe la roue des émotions : un cercle qui range les émotions par familles et par nuances, pour passer d’un vague « je suis mal » à un mot juste. Au programme : la roue de Plutchik, celle de Willcox, une liste des émotions par famille et des exercices pour t’en servir au quotidien.

En bref :

  • La roue des émotions aide à passer d’un ressenti flou à un mot précis.
  • Celle de Robert Plutchik (1980) compte huit émotions de base, en trois intensités chacune.
  • Celle de Gloria Willcox (1982) part de six sentiments centraux pour aller vers des mots plus fins.
  • La roue s’utilise pour soi, avec un enfant, en couple ou dans un journal.
  • C’est un outil de vocabulaire, pas un diagnostic.

Qu’est-ce que la roue des émotions ?

La roue des émotions est une représentation en cercle qui classe les émotions par familles, puis les décline en nuances de plus en plus fines. Elle aide à mettre un mot précis sur ce que l’on ressent, à en mesurer l’intensité et à l’exprimer plus clairement, pour soi comme face aux autres.

Il n’existe pas une roue unique, mais deux grandes références : celle de Robert Plutchik (1980), bâtie sur huit émotions de base, et la roue des sentiments de Gloria Willcox (1982). Certaines versions simplifiées placent au centre les six émotions décrites par Paul Ekman d’après ses recherches sur les expressions du visage : joie, tristesse, peur, colère, surprise et dégoût.

Pourquoi tant d’efforts pour un mot ? Parce que distinguer la déception de la vexation change la suite. C’est ce qu’on appelle la granularité émotionnelle, une notion associée aux travaux de la psychologue Lisa Feldman Barrett. Elle rejoint l’intelligence émotionnelle définie en 1990 par Peter Salovey et John Mayer, qui inclut la capacité à observer ses émotions et à les distinguer.

On croise la roue en coaching, en médiation familiale, à l’école et à la maison, partout où la gestion des émotions commence par les mots, et par les besoins qu’ils révèlent.

La roue de Plutchik et ses huit émotions

La roue de Plutchik range huit émotions de base en pétales, avec leurs intensités et leurs contraires. Son auteur, Robert Plutchik (1927-2006), psychologue américain, défendait une théorie psychoévolutionniste : chaque émotion aurait une fonction adaptative. La peur pousse à se protéger, le dégoût à rejeter ce qui pourrait nuire.

Il a proposé ce modèle en 1980, notamment dans son livre Emotion: A Psychoevolutionary Synthesis, sous deux formes : un cône en trois dimensions, dont la hauteur figure l’intensité, et une roue à plat. Sur la roue, les émotions voisines se ressemblent, les émotions opposées se font face et l’intensité augmente vers le centre. On la retrouve dans son article The Nature of Emotions, publié en 2001 dans la revue American Scientist.

Quatre paires d’émotions opposées

Les huit émotions forment quatre couples de contraires : joie et tristesse, confiance et dégoût, peur et colère, surprise et anticipation. Imagine un obstacle imprévu, comme un collègue qui démonte ton projet en pleine réunion. La peur te fait reculer. La colère, elle, te pousse à monter au créneau. Même déclencheur, réactions inverses : repérer laquelle domine t’aide déjà à choisir ta réponse.

Trois niveaux d’intensité par émotion

Chaque émotion de base existe aussi en version atténuée et en version intense, soit vingt-quatre termes sur les pétales. Voici la roue décrite en mots, avec le terme anglais d’origine entre parenthèses.

Émotion de base Forme atténuée Forme intense Émotion opposée
Joie (joy) Sérénité (serenity) Extase (ecstasy) Tristesse
Confiance (trust) Acceptation (acceptance) Admiration (admiration) Dégoût
Peur (fear) Appréhension (apprehension) Terreur (terror) Colère
Surprise (surprise) Distraction (distraction) Stupéfaction (amazement) Anticipation
Tristesse (sadness) Songerie (pensiveness) Chagrin (grief) Joie
Dégoût (disgust) Ennui (boredom) Aversion (loathing) Confiance
Colère (anger) Contrariété (annoyance) Rage (rage) Peur
Anticipation (anticipation) Intérêt (interest) Vigilance (vigilance) Surprise

Les traductions varient selon les sources : pensiveness devient songerie ou pensivité, loathing aversion ou répugnance. Retiens surtout la logique. Une contrariété n’appelle pas la même réponse qu’une rage, et savoir où tu te situes t’aide à doser ta réaction.

Les dyades, ces émotions mélangées

Comme les couleurs, les émotions se mélangent : Plutchik appelle dyades ces combinaisons. Les dyades primaires associent deux pétales voisins : l’amour (joie et confiance), la soumission (confiance et peur), la crainte mêlée de respect, awe en anglais (peur et surprise), la désapprobation (surprise et tristesse), le remords (tristesse et dégoût), le mépris (dégoût et colère), l’agressivité (colère et anticipation) et l’optimisme (anticipation et joie).

Des émotions plus éloignées se combinent aussi, en dyades secondaires ou tertiaires : l’envie mêle tristesse et colère, la honte peur et dégoût. On parle souvent d’émotions secondaires pour ces mélanges, plus nuancés que les émotions primaires dont ils découlent.

La roue des sentiments de Gloria Willcox

La roue des sentiments, ou Feeling Wheel, a été créée par Gloria Willcox, psychothérapeute qui exerçait alors à St. Petersburg, en Floride. Elle l’a présentée dans un court article intitulé The Feeling Wheel, paru en octobre 1982 dans le Transactional Analysis Journal, une revue consacrée à l’analyse transactionnelle.

Au centre se trouvent six sentiments : mad, sad, scared, joyful, powerful et peaceful, soit en colère, triste, effrayé, joyeux, puissant et serein. Willcox est partie de quatre émotions de base (mad, sad, scared et glad, c’est-à-dire content) et a décliné glad en trois. Résultat : trois sentiments agréables et trois désagréables au cœur de la roue. Autour, deux anneaux rassemblent des sentiments secondaires, de plus en plus précis vers l’extérieur.

Son but : aider chacun à reconnaître ses sentiments et à en parler, car un vocabulaire plus riche facilite, selon elle, la spontanéité dans l’expression des émotions. La roue était d’abord une affiche accrochée dans son cabinet, avant de devenir une fiche remise aux personnes qu’elle accompagnait.

Ce qui la distingue de Plutchik

Plutchik propose un modèle théorique, avec ses intensités, ses oppositions et ses mélanges. Willcox livre un outil pratique, qui se lit du centre, général, vers l’extérieur, précis. J’ai utilisé les deux en parallèle pendant une semaine, sur les mêmes petites tensions du quotidien : Willcox me donnait le mot juste en quelques secondes, Plutchik m’obligeait à me demander à quel point j’étais touchée. Pour trouver le bon mot, prends Willcox. Pour comprendre une intensité ou un mélange, Plutchik.

Liste des émotions et des sentiments par famille

Dans l’usage courant, l’émotion désigne une réaction brève, souvent ressentie dans le corps, et le sentiment un état plus durable, qui laisse le temps d’y réfléchir. La colère qui monte face à une injustice est une émotion ; la rancune qui s’installe ensuite, un sentiment.

Voici une liste des émotions et des sentiments classée par famille, des nuances les plus légères aux plus intenses. Ce classement est proposé par la rédaction à partir des familles de Plutchik : il n’a pas de valeur de classification scientifique.

  • Joie : sérénité, contentement, satisfaction, gaieté, amusement, enthousiasme, allégresse, euphorie, extase.
  • Confiance : acceptation, tolérance, sécurité, sympathie, estime, attachement, affection, admiration.
  • Peur : inquiétude, nervosité, appréhension, crainte, anxiété, angoisse, effroi, épouvante, terreur.
  • Surprise : distraction, étonnement, perplexité, saisissement, ébahissement, ahurissement, stupéfaction, sidération.
  • Tristesse : songerie, mélancolie, nostalgie, déception, solitude, peine, abattement, chagrin, désespoir.
  • Dégoût : ennui, lassitude, réticence, dédain, écœurement, répulsion, aversion, répugnance.
  • Colère : agacement, contrariété, irritation, frustration, exaspération, indignation, fureur, rage.
  • Anticipation : intérêt, attention, curiosité, attente, impatience, espoir, détermination, vigilance.
  • Honte et culpabilité : gêne, embarras, timidité, malaise, regret, culpabilité, remords, humiliation, honte.

Pour enrichir encore ton vocabulaire, notre lexique du bien-être positif réunit définitions et synonymes.

Utiliser la roue pour nommer ce qu’on ressent

Pour nommer ce que tu ressens, pars du général et descends vers le précis, en sept étapes :

  1. Arrête-toi le temps de quelques respirations.
  2. Observe ton corps : gorge serrée, ventre noué ou, au contraire, épaules légères.
  3. Choisis la famille qui colle le mieux, même approximativement.
  4. Affine : de la tristesse, oui, mais plutôt de la déception ou de la nostalgie ?
  5. Évalue l’intensité, de légère à forte.
  6. Relie l’émotion à un besoin : repos, reconnaissance, sécurité, lien.
  7. Décide d’une petite action : en parler, souffler, poser une limite.

Le sens de lecture dépend du modèle : chez Willcox, on va du centre vers l’extérieur ; chez Plutchik, le centre correspond à la forme la plus intense. Pourquoi prendre ce temps ? En 2007, dans la revue Psychological Science, l’équipe de Matthew Lieberman a observé en imagerie cérébrale que nommer l’émotion exprimée par un visage s’accompagnait d’une activité plus faible de l’amygdale, une zone impliquée dans les réactions émotionnelles, que lorsque l’image était traitée autrement. Une seule étude, mais un bon argument pour prendre ces trente secondes.

Répétée chaque jour, cette routine devient une forme d’introspection au quotidien, sans divan ni grand discours.

Femme en pull de laine crème assise près de la fenêtre aux voilages clairs, yeux fermés, main posée sur la poitrine, tasse fumante et livre fermé sur une table en bois, lumière douce et tamisée
Une main sur la poitrine, quelques respirations : le point de départ.

Fabriquer sa propre roue des émotions

Pour fabriquer une roue des émotions, il suffit d’un carton, d’un compas ou d’une assiette, de crayons de couleur et d’une attache parisienne. Trace trois cercles, partage le disque en six ou huit parts, écris une famille par part près du centre, puis ses nuances vers l’extérieur. Donne une couleur à chaque famille, plus claire vers le bord.

L’attache parisienne fixe au milieu une flèche en carton, à tourner vers l’émotion du moment. Pour un jeune enfant, quatre à six émotions et des visages dessinés suffisent ; pour un adulte, reprends la liste complète. Pas besoin d’une roue des émotions à imprimer : la tienne te ressemblera davantage.

Avec les enfants, en couple et en journal

La roue ne sert pas qu’à s’observer : elle offre aussi un langage commun pour se parler. Trois usages reviennent souvent, à adapter selon l’âge et le contexte.

Père barbu et petite fille assis face à face sur le tapis du salon, la fillette en marinière bras croisés et sourcils froncés, le père qui la regarde en souriant, jouets sur le tapis et tipi en arrière-plan, lumière dorée de la grande fenêtre
Bras croisés, sourcils froncés : le bon moment pour chercher ensemble le mot juste.

Une roue simplifiée pour les enfants

Avec un enfant, garde quatre à six émotions, illustrées par des visages qu’il dessine lui-même. Le matin ou au retour de l’école, propose une météo intérieure : il pointe la flèche, tu poses une question, sans plus. Aide-le à trouver le mot sans le lui imposer : « on dirait que tu es déçu, c’est ça ? » Toutes les émotions sont accueillies ; ce sont certains comportements qui ont des limites.

Le film Vice-versa (Pixar, 2015) fait un excellent support, avec ses cinq émotions personnifiées : Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût. Et pour l’aider à repérer ce que vivent les autres, les mots de l’empathie et leurs nuances sont un bon prolongement.

Mieux se parler en couple

Avant une discussion délicate, chacun pointe son émotion sur la roue, puis la formule en je : « je me sens [émotion] quand [situation], parce que j’ai besoin de [besoin] ». Derrière un reproche sur le partage des tâches, il peut y avoir moins de colère que de déception, voire de fatigue. Dire « ça me déçoit » ouvre la conversation, là où « tu ne fais jamais rien » la referme. C’est tout l’art de s’affirmer sans écraser l’autre.

Tenir un journal des émotions

Le soir, trois questions suffisent : quelle émotion ai-je ressentie, avec quelle intensité, et quel besoin se cachait derrière ? Le dimanche, une relecture rapide montre les situations qui reviennent. Voici une entrée imaginée par la rédaction : « Jeudi, réunion repoussée pour la troisième fois. Agacement, intensité moyenne. Besoin : être prise au sérieux. Action : en parler demain à ma responsable. » J’ai essayé l’appli de notes et le carnet papier en parallèle : je ne relis vraiment que le carnet.

Exercices pour affiner son vocabulaire émotionnel

Voici cinq exercices courts, à glisser dans ta journée en quelques minutes.

Le zoom : pars d’une émotion de base ressentie aujourd’hui et trouve trois nuances plus précises. La peur peut devenir inquiétude, trac ou appréhension.

L’échelle : situe une émotion vécue sur les trois niveaux de Plutchik. Contrariété, colère ou rage ? Placer le curseur t’aide à ajuster ta réponse.

Les ponts : inspiré de l’article de Willcox, cet exercice consiste à chercher un sentiment de transition pour passer d’un état indésirable à un état souhaité. Elle donne l’exemple de la peur qui se change en joie en passant par l’excitation, ou de la tristesse qui rejoint la paix par l’ennui ou la somnolence.

Le mélange : repère deux émotions mêlées dans une même situation. La veille d’un nouveau travail, joie et peur cohabitent très bien, et les nommer toutes les deux évite de croire que l’une annule l’autre.

L’observateur : pendant un film ou une série, nomme ce que ressent un personnage. C’est un entraînement sans enjeu personnel, facile à partager en famille.

Ce que la roue ne remplace pas

La roue reste une carte, pas le territoire. Le nombre d’émotions de base varie selon les modèles : six chez Ekman, huit chez Plutchik, six sentiments centraux chez Willcox. Certains chercheurs, comme Lisa Feldman Barrett dans son livre How Emotions Are Made (2017), contestent même l’idée d’émotions universelles inscrites d’avance dans le cerveau.

C’est un outil de vocabulaire, ni un test ni un diagnostic. Si une émotion pénible dure plusieurs semaines, envahit ton quotidien ou s’accompagne d’idées noires, parles-en à ton médecin ou à un psychologue. En cas de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 h/24 et 7 j/7.

Mon conseil pour démarrer : choisis une seule roue, glisse-la dans ton carnet ou sur ton frigo, et nomme une émotion par jour pendant une semaine. Tu verras vite lesquelles reviennent, et c’est déjà une précieuse information sur tes besoins.

Questions fréquentes

Comment fabriquer une roue des émotions ?

Une roue des émotions se fabrique avec un carton, un compas, des crayons de couleur et une attache parisienne. On trace trois cercles, on partage le disque en six ou huit parts, on écrit une famille d’émotions dans chaque part, puis ses nuances vers l’extérieur. Une flèche tournante permet ensuite de désigner l’émotion du moment.

Pourquoi faire une roue des émotions ?

Une roue des émotions aide à passer d’un ressenti flou à un mot précis. Nommer ce que l’on ressent permet d’en mesurer l’intensité, de repérer le besoin qui se cache derrière et d’en parler plus calmement avec ses proches. Avec les enfants, elle sert aussi de support ludique pour apprendre le vocabulaire des émotions.

Comment utiliser une roue des émotions ?

Pour utiliser une roue des émotions, on part de la famille la plus proche de son ressenti, puis on affine vers une nuance plus précise. On évalue ensuite l’intensité, on cherche le besoin associé et on choisit une action simple. Quelques minutes suffisent, pour soi, en couple ou avec un enfant.

Quelles sont les six émotions ?

Les six émotions de base les plus citées sont la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. Cette liste vient des travaux du psychologue Paul Ekman sur les expressions du visage dans différentes cultures. D’autres modèles en comptent davantage : la roue de Robert Plutchik en retient huit, avec la confiance et l’anticipation en plus.

Quelles sont les 7 émotions ?

Les sept émotions souvent présentées comme universelles sont la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise, le dégoût et le mépris. C’est la liste de Paul Ekman, qui a ajouté le mépris à ses six émotions de base. Ce chiffre n’a rien d’officiel : chaque modèle propose son propre nombre d’émotions fondamentales.



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